Vanlife J5

En réalité, c’est le J1 car on vient enfin de passer la nuit hors d’un vrai lit. Ça y est: la vie sauvage a commencé. Ce matin sur la plage, Céleste m’a dit, Maman c’est la première fois que je n’arrive pas à dormir à cause du bruit des vagues. Plutôt plaisant, une insomnie de cet acabit. Les moustiques, comme prévu, nous ont bien rejoints dès la tombée de la nuit, donnant à Céleste un visage presque éléphantesque. Ambroise s’est démené comme un diable avec une balayette pour éviter l’invasion de sable.

On traverse le domaine paralique de Camargue en direction d’Arles. Paralique, de para (à côté) et alos (le sel) désigne une zone intermédiaire entre continent et mer. J’ai lu Déborah Lévy à la lueur d’une bougie hier (l’ensauvagement signifiant aussi: plus de batterie) et elle m’a plus éclairée que la flamme dans l’obscurité du van. Égarée à Majorque en pleine nuit, elle écrit: « D’une certaine façon, il était réconfortant d’être littéralement perdue puisque je l’étais déjà dans tous les autres domaines de ma vie. »

On a dormi sur une langue de terre entre les salins et la mer, environnés seulement par le poste de secours et les mouettes alentour. À notre arrivée, la plage était peuplée de familles qui faisaient des grillades, d’enfants qui jouaient au ballon dans les vagues. Elle s’est vidée jusqu’à ce qu’on soit seuls. J’ai pensé à 37.2 le matin, dont les premières scènes se passent dans un endroit similaire. Betty et Zorg s’aiment dans un bungalow sur pilotis, au milieu d’un désert face à la mer. Le site magnifique participe au tragique.

Ce matin, j’ai profité de cette étendue vide pour m’essayer à conduire le van. Victoire! J’ai fait quelques tours, passé la seconde sans caler et ne me suis pas sentie si timide face aux cent chevaux du moteur. Sur la route en partant, on a croisé des étalons blancs comme dans le roman Crin-Blanc. Midi. Mon fils a pris le volant et ma fille monte un pur-sang dont elle tient fermement la bride. On tourne en rond, sans but, seuls sur une place d’Arles. Tout est normal. Ce n’est pas un rêve, c’est juste un manège.

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