
Il y a un livre de Marguerite Duras qui s’appelle Des journées entières dans les arbres. Ça fait plus rêver que des journées entières dans le van. Aujourd’hui et hier, on a avalé le bitume, fenêtres ouvertes sur l’autoroute pour avoir de l’air. On a passé la nuit dernière sur un parking de plage arboré pas loin d’une cahute avec un concert de rock. Les enfants ont agité en rythme leurs petits corps salés en grignotant un pique-nique. Les moments où on quitte enfin le van valent bien les bornes kilométriques.
Alicante, notre objectif, est à 7 heures de la frontière avec la France, sur la côte est, en-dessous du golfe de Valence qui borde la mer des Baléares. L’année dernière, on avait suivi la côte nord jusqu’au Portugal: Pays basque, Biscaye, Cantabrie, Asturies, Galice. On cabotait sur des petits chemins. Il faisait frais et on avait le ciel changeant de l’Atlantique. Hier, on a eu l’impression moins familière de pénétrer dans l’antichambre de l’enfer. La sueur à grosses gouttes, des journées entières sur l’autoroute.
Les enfants ont été patients. Avant de quitter Ametlla del Mar, où on a dormi, je leur ai acheté 50 grammes de churros. Ils se les sont enfilés sans broncher, mais non sans renverser le sucre sur le plancher. En van, difficile d’être trop maniaque. En même temps, chaque chose doit avoir sa place dans un aussi petit espace. La balayette, rangée sous la banquette. Pour le déjeuner, on s’est arrêté sur la plage de Puzol et on a nagé tous les quatre dans une eau à 30 degrés. Retour au van, tout ensablés.
Cet après-midi, je me suis endormie. J’avais veillé hier jusque tard dans la nuit pour finir le livre commencé le matin même. Ça s’appelle Les gens de Bilbao naissent où ils veulent et ça se passe entre l’Espagne et Paris. Il y a des histoires de secret de famille et de tarot, bref je me suis sentie à la fois dépaysée et chez moi. L’avantage des livres quand on ne sait plus trop où on habite: ils sont une maison et un voyage. Un peu comme un van. J’ai assorti ma robe à l’Hotel California aujourd’hui, telle une Barbie.
