
Presque un quart du voyage: il est temps de laver des vêtements. Henar m’a proposé de le faire dans son appartement, mais ma passion pour les supermarchés n’a d’égale que mon adoration des lavomatics. Je suis donc installée sur un fauteuil en skaï rouge de la lavandería de la Carrer Arquebisbe Loaces. Pour passer le temps je google le nom de la rue. Fernando de Loaces est un archevêque né au quinzième siècle, nommé juge de l’Inquisition en 1530. Personne n’a fait d’Inquisition pour renommer les rues ici.
Chez la grand-tante d’Henar, il y a un vitrail sur la porte du salon, de grands portraits de famille en noir et blanc, des rideaux en dentelle sur le balcon, des icônes, une salle de bain rose et un autographe du pape. Il est adressé à María del Pilar, le prénom complet de la grand-tante. Ce prénom très populaire se réfère à une apparition de la vierge à Saragosse devant un pilier, pour l’apôtre Jacques de Zébédée. On a rigolé du kitsch ambiant, mais pas trop car on ne se libère pas comme ça d’une éducation catho.
Conséquence (ou pas) de ce climat plus-judéo-chrétien-tu-meurs-crucifié: j’ai rompu mon vœu d’abstinence de sucre et goûté aux délices dont Henar me vantait les mérites. D’abord, la horchata, une spécialité locale, un lait végétal sucré à base de noix tigrée. Puis le limón granizado, citronnade coupée à la glace pilée. Puis, le pire fruit de tentation, ou paradis de la gourmandise pour les pauvres pécheurs dont je fais partie: la glace au turrón. Si je carbonise en enfer pour ça, je ne le regretterai pas.
Pour se rafraîchir, on a filé à la piscine dans un jardin privé en bas de l’immeuble. Les enfants ont barboté tandis qu’on discutait de Barbie et de Joan Didion. En fin de journée lorsque la chaleur est tombée, on est allés à la fête foraine qui s’appelle El mundo de los niños et ferme néanmoins à 2h du matin car la réputation de couche-tard des Espagnols n’est pas un mythe, et vers 22h30 on s’est installés pour dîner dans la vieille ville. On a partagé les meilleurs artichauts confits de notre vie, charcuterie et tortilla. Alléluia.
