
Formentera est connue pour ses salins, son site magnifique et préservé, sa petite taille (la même superficie que l’île de Ré) et, last but not least, ses plages naturistes. Eh oui! Ici, différence notable avec Ré, la nudité est tolérée. Il ne m’a pas fallu longtemps pour m’adapter. Hier, sur la petite crique où on a dîné, on a croisé un couple dans leurs birthday suits. J’ai attendu qu’ils partent avant de filer à l’eau avec les enfants, tous les trois sans maillots. Joie incroyable des vagues pleines d’algues sur nos corps nus.
Ce matin, j’ai recommencé, sans même attendre que la plage soit déserte. On a été accueillis en descendant du chemin en caillebotis par un homme à poil. Je l’ai regardé se baigner, il n’était pas trop à mon goût mais c’était bon de voir un corps exposé de manière banale. Les marques de bronzage sur ses fesses, traces fantômes de bouts de tissu maintenant superflus, m’ont donné envie de me dénuder aussi. J’ai enroulé mon maillot autour de mon poignet et très vite, je n’y pensais plus.
On a déjeuné dans un chiringuito nommé Manolito, et j’ai observé la population locale du resto de plage. On note une nette surreprésentation des imprimés animaliers. Ensuite, on a franchi la dune, et loué un parasol et des transats où les enfants ont dormi tout l’après-midi tandis qu’on lisait tranquilles. Mon livre est une biographie de Gala Diakonova, épouse Eluard puis Dalí. Agile, elle passe de la bonne société parisienne aux rochers de Cadaquès où elle se baigne nue elle aussi. Une belle vie.
Je ne connaissais pas Formentera, mais Majorque, si. J’y suis allée lorsque j’avais six ans avec mon frère et mes parents. Le souvenir des cahots de la voiture sur les routes caillouteuses et blanches et de la végétation sèche et luxuriante m’a suivie depuis l’enfance. J’ai retrouvé ce soir la sensation du trajet au soleil couchant, le corps salé, bruni, éreinté par les journées chaudes d’été. Je l’ai partagée avec mes enfants. J’espère que leurs corps aussi se souviendront de ces moments.
