
Est-ce l’Espagne qui ne nous a pas laissé partir ou l’Italie qui n’a pas daigné nous accueillir? En tout cas, we’re still here. La carte d’identité d’Ambroise était périmée et on est arrivés après le délai réglementaire de deux heures pour embarquer. Aucun os de ce côté. Ce qui a achevé notre journée des ratés, c’est une bête histoire de papiers d’identité: ceux des enfants dont on pensait pouvoir se passer (Schengen, anyone?), et qu’il fallait montrer au guichet en version papier. Il eût été utile de vérifier. On a oublié.
Les passeports des enfants se trouvent donc maintenant dans un point de dépôt Chronopost du 5ème arrondissement de Paris, et leurs propriétaires, sur la Rambla de Barcelone. On espère réussir à fêter leurs retrouvailles sans trop tarder. En attendant, on a changé les billets de ferry, et on en a réservé pour toutes nos attractions touristiques favorites. La Sagrada Família a laissé même les petits pantois, et on a passé tout l’après-midi dans la fraîcheur artistique et climatique de la Fondation Miró.
Des trois Catalans importants dont on a croisé les œuvres depuis qu’on est arrivés de ce côté de la Méditerranée, Gaudí est mon préféré. Dalí, que j’adorais, m’a déçue lorsque j’ai lu qu’il avait soutenu l’armée franquiste. Miró me séduit par ses idées mais, sans doute moins fou que les deux autres, il ne me touche pas. Gaudí était un fanatique, un mystique, un créatif extrémiste et sans limites, dont l’imagination n’avait d’égales que son exigence et sa passion. Je suis ravie d’être quelques jours chez lui.
Barcelone me rappelle New York – son plan en quadrillage, son architecture moderniste, son port, ses parcs, sa démesure de luxe et de tourisme de masse et sa contre-culture. C’est une joie d’y être, mais pas tant dans ce contexte de vanlife en suspens. La vie urbaine est pratique, mais loin de celle qu’on mène, ensablés, sans batterie, à grignoter des fruits secs en cherchant le plus beau sunset. Pour se consoler, ce soir on est allés manger des sushi. OMG! Coucher de soleil pour les papilles. Réconciliés avec la ville.
