
On est sur le parking de Grimaldi Lines, au port de Barcelone. Le bateau a trois heures de retard, ce qui signifie qu’on part au beau milieu de la nuit. Peu nous importe, après les quatre jours de décalage par rapport à notre planning initial. Je couche les enfants sur la couchette du bas qu’on vient de déplier, et on les réveillera au moment d’embarquer. Je risque de m’endormir aussi. On n’aura pas de cabine dans le ferry, donc autant profiter du lit. Après avoir dormi à bord, le van nous semblera tout confort!
C’est évidemment durant la dernière soirée à Barcelone que j’ai découvert mon coin préféré. La Barceloneta, près de la plage du même nom, est le quartier des pêcheurs. On a dîné dans un bar à tapas recommandé par d’anciens Barcelonais rencontrés sur la plage hier. Il y avait d’immenses tonneaux de vermut, de cava et de bière, et des tapas délicieuses et pas chères. On a pris un dernier limón granizado et des helados, et on a marché jusqu’au van en écoutant Mecano pour dire adíos à l’Espagne.
Le meilleur adieu, en fait, qu’on puisse offrir à ce pays mystique, religieux et kitsch, c’est d’aller se faire lire les cartes par un tarologue authentique. J’étais passée devant une vitrine de Consultas de Tarot jeudi et avais promptement noté l’adresse. Cet après-midi, j’ai donc pris rendez-vous avec le Profesor Ismael. Il m’a prédit cosas maravillosas dans toutes les catégories, tout en poussant de grands cris lorsque sortaient las mejores cartas (¡Ah! ¡El sol!), et m’a enjoint de m’en remettre à la gracia de Dios.
Si Ismael n’avait pas été aussi enthousiaste au sujet de ma vie, je serais moins détendue au moment de monter dans ce ferry. Le retard, d’après Ambroise – il a généralement une opinion sur les sujets pratiques qui m’inspirent un ennui profond – est sans doute dû à la houle. Je n’ai pas tardé à nous imaginer à bord du Titanic. “Est-ce qu’Ismael t’a prédit du vomi?” a été la réponse très romantique à ma question (“Quelle est la probabilité qu’on coule?”). Cosas maravillosas, on a dit. Domani, l’Italie.
