
On est arrivés à Naples, ou plutôt en Campanie. On voit tout de suite la différence avec le Nord de l’Italie: les immeubles sont disparates et décrépits, jaune, ocre, rose, les gens sont dans les rues, à leurs balcons, on ne sait pas trop ce qu’ils font. Partout on croise des panneaux indiquant en gros Mozarella ou Caseificio. En sortant de la plage, à Mondragone, on a cédé au marketing sauvage et acheté une boule de mozzarella. On saura bientôt si elle vaut celle du dealer parisien Latte Cisternino.
J’ai fini mon livre hier soir. Les débats entre les personnages se sont poursuivis jusqu’à la dernière page – y compris la question d’aller à Tarquinia ou non. Sur la quatrième de couverture, on peut lire un extrait du dernier chapitre: “Il n’y a pas de vacances possibles à l’amour, ça n’existe pas. L’amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n’y a pas de vacances possibles à ça. (…) Et c’est ça l’amour. S’y soustraire, on ne peut pas. Comme à la vie, avec sa beauté, sa merde et son ennui.”
Un autre endroit dont on ne peut pas s’échapper, c’est la vanlife. On a triché en allant à l’hôtel quelques nuits, mais sinon c’est sans répit. Il y a des jours où, comme en amour, on donnerait cher pour se soustraire. Mais comme dit Ludi dans Les petits chevaux de Tarquinia, “il n’y a pas de vacances possibles à ça”. C’est entier, ça va occuper tout notre été, il n’y aura plus de place ni d’énergie pour autre chose, comme une vie installée, insérée dans la société. Je me demande comment ce sera de rentrer.
En attendant, on s’est insérés dans une société un peu spéciale, et transitoire: celle d’un camping. On en a eu marre de lire des histoires de camping cars qui se faisaient braquer sur des parkings par des mecs cagoulés. Ici, le seul risque – réel, néanmoins – est la musique douteuse des voisins. On va en profiter pour réfléchir à l’avenir immédiat. Le débat: on hésite à raccourcir le road trip pour passer une semaine tranquille à la fin, en famille, dans une maison. Mais se soustraire, le peut-on?
