Vanlife J34

La mélancolie muette de Palerme m’a contaminée cette nuit. On a traversé la ville sans s’y arrêter, pressés par le bateau à prendre à 19h30. La ville était superbe dans le soleil doré de fin de journée, noble et ocre, orange et croulante. On a atteint le port. L’Excelsior est un immeuble flottant, plus moderne et moins beau que ceux de Palermo. On a pénétré dans son ventre sans états d’âme, préoccupés de trouver un canapé. Il n’y avait plus de cabines quand j’ai réservé. Tant pis, c’est juste une nuit.

Une fois à bord, on dîne, on s’installe, on regarde la mer et le ciel noirs dehors. Minuit, personne ne dort. Les néons et l’excitation du départ brillent trop fort. Quand Atlas a enfin sombré, je suis allée me promener. C’est là, sur le pont, avec l’infini et l’horizon, que mon cœur s’est serré. Le dernier bateau pour Gênes, c’était il y a cinq ans. Je n’avais pas d’enfants et j’avais largué les amarres de l’amour. Après une échappée en solitaire jusqu’à Tanger, je m’étais résolue au retour, via une traversée de la Méditerranée. 

Ce voyage-ci est moins méditatif. Au lieu des longs moments à contempler le bleu sans fin et silencieux, des cris stridents dans mes oreilles à peu près tout le temps. Un échantillon de conversation: “Vous voulez une tartine madame? Je vous la fais griller? Il faudra attendre un peu. Tenez! Je vous mets un peu de miel! Ah! J’ai trop z’envie de faire pipi! Ah! Vite!” En me réveillant ce matin, j’ai constaté l’absence de la moitié de mes compagnons et savouré les quelques minutes de paix en écoutant des chansons. 

Les Italiens ont peut-être du mal avec la conduite sage ou le nettoyage des plages, mais écrire de la musique romantique, ça ils savent. “Cos’è la vita senza l’amore, è solo un albero che foglie non ha più” chante Nada de sa voix grave. Je ne sais pas si j’étais un arbre sans feuilles pendant cette traversée inaugurale de Tanger à Gênes, mais j’ai fleuri sous la forme de Céleste trois mois après. Ce voyage en van s’achève dans une semaine. Ça fera 40 jours, un carême, mais un où, malgré tout, on s’aime.

Laisser un commentaire

close-alt close collapse comment ellipsis expand gallery heart lock menu next pinned previous reply search share star