
On a débarqué à Gênes, encore une jolie ville aux murs couleur pastel. On en est sortis aussitôt et on a traversé des tas de tunnels en écoutant de la musique italienne. Le mieux, c’était Giorgio Moroder. Ses boîtes à rythme frénétiques nous ont accompagnés sur l’autoroute qui monte jusqu’au Pô, un peu plus haut. On s’est arrêtés pour dormir dans un agriturismo. Un bon dîner de pâtes fraîches aux herbes du potager, et une bonne nuit de repos dans le van, garé au frais sous un arbre.
Ce matin, nouvelles hésitations au sujet de l’itinéraire. Ma poignée de portière m’est restée dans la main avant-hier. L’embrayage peine dans les montées. On a accumulé beaucoup de kilomètres au compteur avec un seul conducteur. Pire encore: Atlas a décousu tout le bord de mon chapeau de paille. Mon corps est en pagaille. Et mon téléphone n’a plus d’espace de stockage. J’ai dû désinstaller ma boîte e-mail et mon navigateur internet pour prendre des photos. Bref, tout est au bout du rouleau.
On est dans les Alpes. Un dernier gelato dans le Val d’Aoste, quelques courses dans un negoziotto et on repart entre les montagnes, sous un ciel de gros nuages percés par le soleil. Les façades des maisons sont toujours roses et jaunes mais elles ont des balcons et de grands toits en ardoise. On connaît bien ce paysage. Les salins de Formentera et les rochers noirs de Pantelleria semblent loin. On s’habitue vite, néanmoins. Au crépuscule, on atteint le tunnel du Mont Blanc. On en sort, il fait noir.
On arrive au chalet à la nuit tombée. Dans les lacets qui montent jusqu’au village, je pense à toutes les fois où j’ai fait ce trajet-là. Et avant moi, ma mère, et sa mère à elle avec quatre enfants, depuis Alger où la famille vivait, quand ils passaient l’été au frais. Le voyage qu’on vient de faire, en bateau à travers la mer et en voiture depuis le port, ressemble au leur. J’explique à Ambroise que c’est une maison qui accueille les voyageurs. Il est plus intéressé par le saucisson de bœuf qu’il va bientôt déguster.
