Vanlife J36

Pas de vanlife aujourd’hui: on s’est réveillés dans un vrai lit. On a quand même pris le van deux fois pour aller au village chercher des victuailles. Sur la route, cet après-midi, j’ai mis Capri c’est fini. Ce n’est pas vrai que « nous n’irons plus jamais » sillonner les routes d’Italie, mais pour cet été en tout cas, c’est terminé. On a lavé les draps du van et nos serviettes de plage. Ils sèchent dans la fumée du barbecue qu’on a allumé. Une vie si sédentaire, soudain, faite de lessives, de frigidaire et de légumes au four. Le retour.

A l’agroturismo où on a dormi samedi, j’ai discuté avec un couple de baroudeurs à vélo qui revenaient de Croatie. Ils m’ont dit que le retour à la vie normale, celle où on a des murs en dur, n’était pas si banal. Dans un hôtel où ils ont dormi, ils ont quasiment hyper-ventilé de se sentir si enfermés. Hier, au moment de choisir où s’installer, j’ai opté pour ma chambre habituelle dans le grenier. Je la fréquente depuis l’adolescence, et elle a surtout l’avantage immense de donner sur le ciel étoilé et les sifflements des criquets. 

Je ne vais pas cracher dans la fondue aux cèpes: la vie dans une maison a du bon. J’ai bu un thé chaud et mangé du pain grillé, dessiné avec Céleste pendant qu’Atlas faisait une très longue sieste, et après le déjeuner, au lieu de se refiler la corvée de la vaisselle dans un mini-évier, on a fabriqué un granité à la violette de compète. J’ai pensé de temps à temps à la consommation démesurée d’énergie qu’on a en une seule journée. La machine a tourné trois fois, la bouilloire aussi, le lave-vaisselle est rempli. 

On a renié notre vie nomade en vingt-quatre heures, mais le van peut nous accorder son pardon: la maison où s’opère la trahison s’appelle la Yourte! Mon grand-père russe lui a donné ce nom parce qu’ils y ont campé plusieurs étés, entre la France et l’Algérie, le temps de transformer la ferme en chalet. Ici, je me dis que si on m’enlève à nouveau l’eau et l’électricité, je survivrai sans trop de difficultés. La vanlife, parfois difficile, est-elle une manière d’honorer cette histoire d’exils? Quoi qu’il en soit, elle a du sens pour moi.

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