Vanlife J40

Le van n’avait pas dit son dernier mot. On a lavé tous les draps en arrivant chez mes parents. Je les ai pliés et rangés dans le coffre. Quand Ambroise est parti mercredi pour retrouver son père, un flacon de gel douche à la lavande que j’avais rapporté d’Orpierre s’est dévissé et renversé sur tout le linge propre. On a cru que la vie de vanlifer autorisait un joker: l’utilisation d’un lave-linge privatif. Quels naïfs! Les draps sont collants tâchés et parfumés. Il faut tout recommencer, au lavomatic d’Intermarché.

On est arrivés à l’étape finale, là où dort le van lorsqu’il ne court pas les routes ou les mers d’Italie et d’Espagne. Le jardin où il est garé vaut bien une plage: il donne sur les collines bourguignonnes. Derrière les arbres sous lesquels le van se reposera cet automne et peut-être cet hiver, il y a un vieux presbytère. Ambroise l’a acheté après avoir vendu la maison de sa mère à l’île de Ré. Les anciens propriétaires n’avaient rien rénové depuis une soixantaine d’années. Le confort est sommaire; on vit à moitié dehors. 

On a roulé quatre heures pour arriver. Sur la route nationale, je regarde la Bourgogne filer par la fenêtre. Ce n’est pas la ville, c’est son contraire. Je pense à Céline qui écrit que New York est la ville debout. Ici tout est allongé, et même les arbres en rangée sont comme des traversins ou des oreillers. C’est vert et jaune, aussi chaud que les teintes de la mer sont froides. Même les tournesols secs et courbés me réchauffent le cœur quand je vois leurs couleurs. Je suis reconnaissante à la France pour sa douceur.

Le van n’a plus de gaz, mais le réchaud qu’on a acheté au Bricomarché, si. J’ai préparé des pâtes alphabet au coulis de tomate, repas de retour de vacances par excellence. L’eau qui est sortie du robinet extérieur était brune au début alors je l’ai laissée couler. On a chassé la fouine avant de se coucher et Ambroise a fermé les fenêtres par sécurité. J’en ai rouvert une, près de notre lit, pour entendre les bruits de la nuit. On a parlé des arbres fruitiers qu’on va planter. Ce n’est pas la vanlife, c’est son contraire. C’est bien aussi, la vie sédentaire.

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