
On est arrivés sur ma plage préférée: la côte sauvage. C’est une étendue immense de sable derrière des dunes bordées par une forêt de pins. Pour y arriver il faut traverser la pinède, escalader la dune et redescendre de l’autre côté. Ça se mérite, surtout en plein été lorsque le soleil tape et brûle le sable sous les pieds. Je n’ai jamais regretté cette montée de l’enfer, même enceinte et essoufflée: en haut, la vue sur l’océan et la mer de vert est spectaculaire.
On avait rendez-vous au beau milieu de la journée pour un cours de surf auquel je m’étais inscrite hier. Un auto-cadeau pour mon anniversaire. Au bout de quarante ans à fréquenter l’océan tous les ans, il serait temps. Ayant une capacité de projection qui dépasse l’entendement, je me suis tout de suite imaginée partant courir les vagues du monde entier en van. Hélas, l’image onirique des surfs sur le van n’est pas compatible avec ce modèle, dont le toit se soulève.
On a retrouvé le camion de l’école, où j’ai récupéré une combinaison. Sur la plage, la marée montait doucement. La première vague que j’ai prise, allongée sur ma planche, m’a portée jusqu’au sable. J’ai réussi à me lever quelquefois avant de tomber la tête la première. Le surf demande une concentration totale, une attention aux éléments, et c’est aussi une méditation. Quoi de mieux à faire au monde qu’attendre la vague? Quelle meilleure métaphore pour l’existence?
Pas étonnant que l’image des surfs sur le van persiste dans nos esprits. Ce sont deux états d’esprit proches. Ce soir dans la pinède où on est installés pour la nuit, un sanglier est apparu. Il cherchait des restes de nourriture à manger. On a rigolé avec les enfants en imitant ses grognements. Avec la manière dont je pratique et le van et le surf, les risques sont minimes. Dans un cas comme dans l’autre, néanmoins, on s’expose à une certaine sauvagerie. C’est salutaire.
