Vanlife J11

Je me disais hier qu’avoir une bibliothèque me manquerait si je vivais dans un van. En réalité j’emporte une quantité de livres démesurée chaque année. J’ai été un peu plus raisonnable cette fois: 5 seulement, dont 2 BD. Hier soir, ma lampe frontale sur la tête, j’ai terminé la Synagogue de Joann Sfar. C’est une autobiographie dessinée, qui commence à son adolescence et raconte comment il devient agent de sécurité de la synagogue qu’il fréquente. 

Ce qui débute comme une lutte contre l’ennui (mieux vaut garder l’extérieur de la synagogue que compter les heures à l’intérieur) devient une lutte contre l’ennemi. Les attaques antisémites sont fréquentes en France dans les années 70, 80 et 90. Le père de Sfar, un avocat renommé, combat par la voie de la loi, et ça ne l’empêche pas de se bastonner. Joann s’endurcit à force de kung fu et de krav maga, mais il préfère toujours faire de la philosophie ou dessiner. 

Joann Sfar m’est sympathique car il est mi-ashkénaze mi-séfarade, et il aime autant écrire sur ses angoisses qu’aller à la plage. Dans les dernières pages, il raconte comment lui et un de ses amis de fac, avec qui il séchait les cours pour se baigner, sont allés protester auprès de l’université de Nice lorsqu’elle a conservé dans ses rangs un étudiant en histoire condamné pour négationnisme. Il ne s’est rien passé. Il conclut que ni la loi ni la violence ne sont satisfaisantes. 

« Si les extrémistes et les fanatiques montent, vous pouvez lutter contre, ou bien aller à la plage, mais vous n’arrêterez pas la vague », écrit Sfar à la fin. Même loin de Nice, cette vérité s’applique. Devant l’Atlantique avec sa houle, comme sur la Méditerranée, on voit bien que tout reflue et tout revient. On peut surfer sur les vagues, construire des châteaux de sable, mais la nature gagne toujours à la fin. À la plage on se souvient qu’on n’est rien, et c’est bien. 

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