
Gena Rowlands est morte hier. À la laverie où la nouvelle m’est arrivée, j’ai eu les yeux aussi humides que mon linge. J’ai regardé la scène finale d’Une femme sous influence tandis que la machine tournait. Les dérives d’une femme, Mabel, prise dans l’étau de la domesticité. Elle est internée et revient à la fin. Alors qu’elle se prépare pour la nuit avec son mari, on sent qu’elle n’a perdu ni sa fragilité ni sa fantaisie. En van, j’espérais fuir la vie domestique moi aussi. En vain?
Alors que j’étais dans l’eau avec mon surf, l’aspect répétitif de l’existence m’a frappée aussi fort que les vagues en pleine poitrine. Tout se répète, tout revient éternellement. Quand on est enseignant ou élève on sait que la réitération est la clé – du geste, de la phrase, du concept. En tant que parent, on le sait aussi mais c’est épuisant. Souvent je me dis que je disparaîtrais bien comme Mabel pendant six mois au lieu de redire “Où sont tes tongs?” pour la millième fois.
Tout le monde dormait encore lorsque je me suis réveillée. Les enfants ont passé la nuit à l’arrière du van, dans une cabane décrétée hier. On a laissé le matelas plié et fait leur lit entre la porte arrière et le dossier de la banquette. Ils ont dormi en travers, enchevêtrés, ensevelis dans leur couette. Hier avant de se coucher ils ont eux-mêmes tiré les rideaux, dans une répétition exacte et inconsciente de la dernière scène d’Une femme sous influence. Fin – jusqu’à demain.
Je suis sortie du van pour aller voir la plage. Il faisait tout juste jour. Le sable fin et frais mêlé d’épines de pin était si familier sous mes pieds – je le connais depuis toujours. Le soleil était en train de poindre à l’horizon, et le spectacle pourtant chaque jour répété m’a enchantée. J’ai marché longtemps le long du rivage. Dans le van, quand j’y suis retournée, tout était tranquille et j’ai eu le temps de me faire un thé sur le réchaud. La routine, mais sur la route.
