
“L’avantage du van, c’est que tu peux toujours changer d’avis”, a dit une amie d’Ambroise avec qui on a dîné hier soir. “Tu peux toujours t’en aller, aussi” a ajouté un autre à qui j’exposais ma tendance à la fugue. Cet été, pourtant, le voyage en van ne ressemble pas trop à une fuite en avant. Chaque fois qu’on a été tentés de prendre la tangente vers des terres inconnues, on a tiré une pièce de monnaie. Pile ou face? D’un côté, le terrain familier, et de l’autre l’aventure.
Croyez-le ou non, c’est à chaque fois le familier qui a gagné. Au début du voyage: Atlantique ou Méditerranée? Atlantique, où on a chacun déjà passé quarante étés, ok. Dix jours après: Marseille ou île de Ré? Île de Ré, qu’Ambroise connaît mieux que sa poche, d’accord. Et puis cet après-midi, pour la fin des vacances: Marseille ou Oléron? Oléron, bon. On est donc repartis en van, sur le pont, puis à travers toute l’île, jusqu’à un resto qu’on connaît à Saint-Denis, le Cocotier.
On a dîné, et repris le van pour trouver un endroit où passer la nuit. On commence à connaître les bons spots, à force. Un peu triste d’avoir pour de bon renoncé à la Méditerranée, j’avais – encore – envie de nouveauté. On a cherché un peu et on s’est installés sur un parking quasi-désert à quelques pas d’une grande plage. La marée est basse donc je ne suis pas allée me baigner. Les enfants dorment et je fais l’effort de poursuivre ce journal de bord, qui commence un peu à m’ennuyer.
Les vacances touchent à leur fin. Je ne pense pas qu’on pousse le voyage jusqu’aux derniers jours du mois d’août. On peut toujours changer d’avis, oui, mais cette liberté infinie qu’on se donne nous emprisonne aussi. Je continue à aimer le hasard et le lâcher-prise, assez pour confier mes choix de destinations à une pièce de monnaie lancée en l’air, mais trop d’aléatoire me semble délétère. On peut toujours s’en aller, disparaître, mais on peut aussi décider de rentrer.
