
Céleste m’a demandé de l’emmener faire pipi en bas sur la plage. J’ai failli lui demander d’attendre ou d’aller ailleurs, parce que je n’avais pas très envie d’escalader des rochers à peine levée. Et puis je me suis dit: mesure ta chance! À Paris c’est un banal escalier qu’il faut descendre. Le retour à la vie habituelle commence à se profiler. J’ai plutôt hâte de retrouver mes canapés et mes tapis et un lit qu’il ne faut pas plier et déplier, ouvrir et fermer, et bien sûr mon atelier.
Dans le magazine que j’ai lu hier sur la plage, une page préconise le retour à la terre. Il s’agit de cures de bien-être avec enveloppement d’argile, et d’ateliers de céramique. J’ai de la chance, j’ai ça à Paris – en tout cas la deuxième partie. Pour les bains d’argile, je les fais dans ma baignoire avec un sachet de poudre montmorillonite acheté au magasin bio. C’est bien, mais ça n’égale pas, loin s’en faut, les pieds dans la vase et la peau couverte d’une fine pellicule de sable.
On a dormi la nuit dernière à la passe de l’Écuissière, juste au-dessus d’une plage. À marée basse il y a une longue étendue de rochers avant d’atteindre les vagues. Les enfants ont cherché des crabes et des poissons dans les flaques. Ça les a occupés longtemps. Ils réclament parfois les jouets qu’on n’a pas emportés et qu’ils retrouveront avec joie en rentrant à la maison, mais je sais que rien ne remplacera jamais la sensation exquise d’être Robinson Crusoë sur son île.
Au café où on a bu une limonade avant d’aller au marché, il y avait un coin avec des jouets. Les enfants s’en sont donné à cœur joie. La patronne est venue me voir et m’a dit: qu’est-ce qu’ils sont calmes! Je lui ai expliqué qu’ils n’avaient plus l’habitude de pouvoir jouer tranquilles en ce moment puisqu’on était nomades. Elle m’a dit: ça se voit! Ils ont l’air de petits baroudeurs! Elle et sa famille font mieux: ils vivent la moitié du temps sur un voilier. Un nouveau rêve pour plus tard!
