
Absolument maison, c’est ce qui est écrit sur l’étiquette tissée de l’oreiller. Je l’ai dépouillé de sa taie et de sa sous-taie, arraché au lit où il vivait innocent et ravi, et fourré dans un grand sac en toile de coton. Absolument maison, tu l’ignores encore mais demain matin toi et moi on prend le train, direction le van qui deviendra dès lors absolument notre maison. En attendant, je savoure avec les trois oreillers rescapés une dernière nuit sédentaire dans mon lit.
C’est le cinquième été que je m’apprête à passer dans une maison sur roulettes. Sur un film tourné au caméscope par mon père pendant un Noël des années 90, on entend un cri strident déchirer tous les tympans: « Le van Barbie! ». Depuis ce moment béni, je n’ai jamais cessé de penser qu’un jour moi aussi je conduirais un van telle Barbie. Pour l’instant, raté, je n’ai pas le permis. Ça ne m’a pas empêchée d’acheter un van taille adulte dès que l’occasion s’est présentée.
Sur la caisse de vin qui me sert de table de nuit, il est écrit de ma main d’enfant: « bateau maison caisse Barbie ». Une certaine cohérence dans les obsessions. Après une courte nuit, c’est le départ! Pour l’occasion, je m’habille en Meryl Streep dans Out of Africa, autrement dit Barbie safari. Un pantalon cargo, une blouse en dentelle et les spartiates en faux python de ma mère. Léger et confortable, idéal pour un trek dans la savane, ah non pardon, dans un van.
Je range les dernières choses qui traînent chez moi tout en faisant des allers et retours frénétiques entre mes sacs et la penderie. Cette robe longue en lin jaune magnifique qui vient de Venise est-elle vraiment requise dans un van? D’un autre côté, peut-elle rester tout l’été (ma saison préférée, et la sienne aussi) sur un cintre? Sur la table de la cuisine, il reste le livre de Bea Johnson qu’on m’a donné dans une brocante, Zéro déchet. Le minimalisme: mon idéal et ma némésis.
En van, le minimalisme n’est pas une mode: il fait partie du programme. Le véhicule a beau être gros, il ne contient pas de place pour trop d’affaires. Dès qu’on déplie la banquette et qu’on ouvre le toit pour préparer les lits, on est vite envahi. L’idée n’est pas, de toute façon, d’avoir une vie sociale de robes de gala et noeuds papillon. L’idée est de se déshabiller du superflu. Ma personnalité de Paris, coriace, emporte la robe jaune, et sept hauts en soie.
