Vanlife J1

Le train express régional file vers la Bourgogne où m’attendent le van et ses occupants réguliers. Au bord de la voie ferrée, des camping-cars sont garés. Rien à voir: d’abord, eux sont dotés d’une douche et de toilettes, tandis qu’en van on vit avec un niveau d’hygiène médiéval. J’ai savouré ma douche chaude hier soir! D’autre part, le volume et l’aspect très identifiable des camping-cars signifie qu’ils ont peu accès à la meilleure chose qui existe, à savoir, dormir sur la plage. 

L’année a été mouvementée et j’ai bien besoin de la puissance de la mer pour me rafraîchir l’esprit et me dire ce qui a de l’importance. Le but du voyage cette année est le jardin des tarots que Niki de Saint Phalle a créé en Toscane. Les vingt-deux arcanes majeurs du jeu, ceux que j’ai tout le temps dans mon sac, sont représentés sous la forme de sculptures monumentales. J’ai très hâte. En van, pourtant, comme dans la vie, le voyage est la destination. J’ai hâte aussi. 

Destination: Dijon-Ville, annonce la voix de la SNCF. Je me demande ce qu’elle pense de cette histoire de voyage et de destination. Moi, en tout cas, je descends avant Dijon. Une longue route vers le Sud nous attend aujourd’hui, destination: Orpierre, dans les Hautes-Alpes. C’est un village réputé pour ses hautes falaises de calcaire. Je ne sais pas si on fera une via ferrata, mais dans cette éventuelle perspective j’ai emporté une paire de sandales dignes de Barbie escalade. 

Les enfants courent vers moi sur le quai et on se serre dans les bras. Le van est là, fidèle et accueillant, ce bon vieil Hotel California qui aura bientôt 30 ans. La carrosserie est d’un vert flamboyant, et l’intérieur patiné juste ce qu’il faut. Sur mon siège, je trouve des coquillages charentais, dans un bocal vide de cèpes italiennes. Je me sens absurde dans ma tenue de Karen Blixen. Céleste porte un ensemble en éponge rose, davantage dans le thème. L’avventura commence ici!

Il pleut sur la route embouteillée. Il paraît que tout va se dégager. J’ai mis Tindersticks, un groupe dépressif des années 90, sur l’autoradio de la même époque qui rend bien honneur à la voix rauque du chanteur. Cette musique du nord de l’Angleterre épouse le paysage. Dehors, tout est vert et vallonné, sous un ciel bas et gris. Atlas réclame sa chanson préférée: Vamos à la playa. Sur l’A6 pluvieuse, il faut se projeter, comme disent les agents immobiliers.

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