Vanlife J5

Hier soir j’ai lu deux pages de Folie et résistance et me suis endormie. Le livre de Claire Touzard était une conclusion parfaite à notre journée de promenade photographique. D’abord, les petites photos pures en noir et blanc de Berenice Abbott dialoguaient avec les grands formats kitsch et technicolor d’Anna Fox et Karen Knorr. Ce sont deux époques et presque deux Amériques, et même si j’adore le kitsch et les couleurs, je préfère la première. Make America Small Again? 

À la tour Luma, on a vu une des stars de cette année, David Armstrong. Il était l’ami-amour de Nan Goldin et, comme elle mais pas pareil, il a photographié la jeunesse, la beauté et l’insouciance et la tristesse, les corps nus, flamboyants ou affaiblis, la marge. C’était magnifique. J’ai fait fi des mises en garde des guides et emmené Atlas, qui était fasciné. Il y a deux ans, on avait vu tous les deux Diane Arbus au même endroit. J’ai été émue par temps qui passe, et par ce qui reste.

Sortilèges est une expo-mosaïque sur le mysticisme et les croyances dans le monde entier. J’ai été le plus touchée par le pèlerinage gitan de Sara la vierge noire aux Saintes-Marie-de-la-Mer. La photographe italienne Letizia Battaglia, elle aussi, montrait les rites, la marge, la mort, la misère, l’hôpital psychiatrique et la violence. Elle adorait Palerme, sa douleur et sa beauté et dit dans une vidéo: “non c’è bisogno di grande tecnica, ma c’è bisogno di grande cuore”.

De son travail de reporter, Letizia Battaglia dit: “C’est une photo brutale, où l’on ne choisit rien”. Pourtant dans sa manière de faire, il y a une grande douceur – comme chez Nan Goldin, ailleurs. Le diaporama qu’elle expose à Arles, Le syndrome de Stendhal, est une photo douce, où tout est choisi. Elle mêle des images antiques avec ses archives, ses amis, son cercle intime, et, de sa voix éraillée, raconte Diane, Hermaphrodite, Narcisse, Orphée et Eurydice. J’ai été saisie jusqu’au fond de mes tripes. 

On s’en va d’Arles aujourd’hui, après un tour par la librairie Actes Sud pour rapporter des souvenirs: des livres sur les cabanes dans les arbres, les dinosaures et les asiles psychiatriques. Chacun son trip. On emmène aussi un cadavre de moustique, tué à mains nues dans le van ce matin alors qu’il venait de me croquer le bras. Pause déjeuner à Istres dans un parc avec l’autre espèce la moins aimable: des dinosaures grandeur nature.  

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