Vanlife J6

De retour dans le métro, mais à Marseille, où même les rames sont pleines de soleil. Les sièges et les parois en plastique thermomoulé sont orange comme dans le subway new-yorkais, et je souris béatement à peine entrée dedans. Cette ville chaotique, multiple, rebelle et superbe est tout ce que j’aime. J’ai une boule dans la gorge d’y être. C’est chez moi, la maison, et c’est ici qu’ont vécu mes ancêtres, ici qu’est née ma mère. Ça tient à quoi, l’appartenance à un endroit?

On est arrivés à Marseille hier en fin d’après-midi, pour y passer quelques nuits chez des amis. Sur la route qui surplombe, les enfants se sont exclamé: “C’est beau Marseille!”. J’ai joué du rap sur l’autoradio, Bande organisée et IAM. Ils sont restés bouche bée. Dans La saga, Shurik’n dit “C’est dur de rester posé sur les rails comme un wagon” et depuis notre van vert, il était clair qu’il avait raison. Rien n’est écrit, rien n’est acquis, chaque jour se suffit. 

La vanlife est une aventure chaque jour renouvelée, mais parfois interrompue. On a passé la nuit d’hier et on dort encore ce soir chez nos copains, dans une maison d’un quartier résidentiel de Marseille. Le van est tranquillement garé sur l’allée de gravier. Dans le jardin il y a des palmiers, des oliviers et un immense figuier: c’est le vrai retour à la sédentarité, chez les gens qui plantent des arbres. C’est beau, solide, ancré: je suis reconnaissante, et très légèrement angoissée. 

Nos copains Manon et Tom sont Marseillaise et Parisien, et ils vivent ici depuis quasi dix ans. Avant, ils étaient en Amérique du Sud, où ils ne plantaient pas d’arbres, mais tenaient une agence de voyages. On peut être une chose et puis une autre, voyageur et jardinier. Je n’ai jamais planté une graine, et d’ailleurs je n’ai pas le permis non plus, mais pour une raison obscure, cette possibilité me rassure. Demain, Tom et Manon partent en van pour un voyage familial. 

Pour nous, le voyage se poursuit par la terre, mais je ne dirai jamais assez le délice d’une ville portuaire. La possibilité de partir par la mer reste l’aventure suprême. Hier on a rencontré une dizaine de Marseillais supplémentaires, invités ici pour une soirée au bord de la piscine. La question des origines – tu es Marseillais, ou…? – me fascine. Dans cette ville, comme à New York, c’est secondaire. Ce qui précède l’arrivée, l’avion, le bateau ou le train, importe moins. On est ici, point. 

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