
Une semaine en van, et plus de nuits dans un vrai lit que dans le véhicule, mais ce n’est pas grave: ce qui compte, c’est le voyage. L’année dernière, on avait campé quasi tous les jours sur des plages. La vie sauvage! On n’avait vu quasi ni famille ni amis, et la vie sociale nous avait manqué. Cet été, c’est tout le contraire. On n’arrête pas de faire des arrêts spontanés pour voir les copains qui se trouvent sur notre chemin. Des détours, aussi, car c’est souvent le sel de la vie.
Marseille était prévue depuis le début. Je l’ai déjà dit: c’est de là que je viens, enfin, en partie. Joan Didion a écrit un livre, Where I was from, qui parle de la Californie. En français, le titre est traduit au présent: ça le trahit. Nos origines, sauf dans le tableau de Courbet, sont toujours multiples. Je ne viens pas de Marseille, mais de Paris, si on parle au sens strict. C’est là que je suis née, là que j’habite. Mais avant, je venais d’ailleurs, d’ici, et je le sais dans mon cœur.
Je ne viens plus de Marseille aujourd’hui, alors je sens que je dois y revenir. Ce matin, on avait rendez-vous sur une plage pour peut-être, inch’Allah, s’y ancrer. Tout mon corps tressaillait de bonheur face à cet horizon. Cet après-midi, on est allés au Mucem pour emmener Céleste voir une exposition sur le ciel. En ce qui me concerne, je suis restée au sous-sol dans le parking, pour garder Atlas qui faisait la sieste. La roue de la fortune, comme aurait dit mon tarot de Marseille.
Ce soir, on est allés dîner chez des amis marseillais. Les enfants ont joué tous ensemble dans la piscine et le jardin. Quatrième génération d’amitié! Leurs arrière-grands-parents étaient amis ici même, et on continue depuis. Eux sont restés tandis que ma famille est partie. Ceux qui sont à Marseille ont un beau jardin: ils plantent des arbres, mais pour le boulot, ils arment des bateaux. Les racines et l’aventure. Après le dîner, Atlas a joué avec des ancres miniatures.
Par quasi toutes les fenêtres, on voit la mer. Même sans être armateur, on sait qu’on vit dans un port, où les échanges sont au cœur de tout. La joie aussi, celle de sauter dans l’eau comme un enfant, comme le chien que j’ai vu ce matin. Dans Folie et résistance, Claire Touzard parle de la rationalité qui gouverne nos vies. Nous déshabitons nos corps et érigeons des murs autour. Ici, ça me semble plus difficile. Ici, il reste un peu de la convivialité voulue par Ivan Illich.
