
On vérifie qu’on n’a rien oublié nulle part, on charge le van, et on repart! On a profité de cette dernière halte en caravansérail pour recharger nos téléphones et laisser de l’eau et des fruits au frigo une nuit entière. On reprend la route ce matin pour un long voyage sans séjour dans le monde sédentaire. C’est ce qu’on se dit a priori, mais qui sait ce que la route mettra sur notre chemin? J’ai soufflé des bougies sur un melon exquis pour mon anniversaire, et on est partis.
Sur la route ensoleillée on écoute la chanson préférée indétrônable des enfants, Bella Ciao. Sous la joie et le rythme entraînant ils n’entendent pas la colère. Je leur expliquerai ce qu’est cette chanson, et je leur dirai qu’on peut ressentir une chose et son contraire. Hier pour mon anniversaire j’ai parlé à ma mère qui m’a donné une bonne nouvelle et une mauvaise. La vie est ainsi, pleine de sel, dure et belle, fraîche et douce comme la mer.
Au réveil ce matin Céleste m’a demandé depuis quand la mer existait. J’ai dit: toujours. C’est pour ça qu’elle nous connaît et qu’on la connaît tous. Et c’est pour ça qu’il faut la respecter. Céleste a dit: oui parce que elle, elle nous respecte. On l’a longée, la mer, pendant un long moment avant de bifurquer dans les terres pour prendre l’autoroute A8. On a fait quelques détours pour trouver « une prise usb femelle pour allume-cigare, s’il vous plaît », mais sans succès.
En fin d’après-midi on est arrivés à la Fondation Maeght. Les enfants à l’arrière chouinaient depuis une demi-heure et j’ai craint un écueil. En fait, ils ont été enchantés, curieux, ont couru partout et tout pointé du doigt. Un tel parc de sculptures ne se rencontre pas souvent et ils étaient ébahis. Il y avait une expo sur Barbara Hepworth, qui a dit: « Peut-être que tout ce qu’on veut exprimer se forme dans l’enfance, et que l’on passe le reste de sa vie à tenter de le dire ».
Après la Villa Noailles et la Fondation Maeght, je me demande quelle autre villa d’architecte commissionnée par un riche mécène nous attend sur la route. Il paraît que la Fondation Carmignac est superbe mais on ne s’y est pas arrêté. Le prochain parc de sculptures sur notre carte est donc sans doute celui de Niki de Saint Phalle, le but du voyage. J’ai hâte On y sera dans une semaine, environ. Ce sera plus bizarroïde encore que le labyrinthe de Miró qu’on a vu aujourd’hui.
