
Aah! Retour à la vanlife, la vraie! Fini le stupre dans des villas de luxe. On a dormi entre les arbres d’une petite forêt dans laquelle serpente la route, près de Vence. Je ne peux pas dire que c’est horrible de se réveiller sous une canopée, mais on entend quand même les voitures. Les aléas de la vie en van: ce qui est décrit sur l’appli qu’on utilise comme un lieu en pleine nature peut s’avérer décevant. Dans ce cas, soit on repart soit on s’en accommode. On est restés, et ça a été.
Hier, après la visite de la Fondation Maeght on s’est promené dans le village de Saint-Paul-de-Vence en quête d’un bistrot. J’ai dit: « Attention, c’est un peu Saint-Tropez, ici » et me suis heurtée à un mur d’incompréhension: « Mais non, c’est superbe! ». C’est très beau, certes. Je voulais dire que c’était cher à un point irréel et que l’ambiance bohème d’artistes fauchés des années 50 s’était bien envolée. On a vainement cherché un restaurant décent où dîner, et renoncé.
Aujourd’hui, j’espère réussir à satisfaire ma lubie: aller à Nice pour déguster et faire découvrir à ma famille les spécialités culinaires que j’adore. On fera, inch’Allah, un tour au port, et une promenade dans le Vieux-Nice. Il y a aussi des friperies que j’avais déjà découvertes lors d’une précédente visite, et, si on s’attarde, le Musée Chagall et le Musée Matisse. On envisageait d’aller voir une troisième villa d’architecte, celle d’Eileen Gray au Cap-Martin, mais c’est complet.
L’Italie! Ça y est, on a quitté la France, par l’autoroute qui longe la côte et offre un panorama sublime sur la mer et les villages perchés à flanc de colline. Les enfants réclament des chansons italiennes: on passe sans transition de La Wally à La Bionda. L’Italie s’est déjà invitée dans nos assiettes à midi avec, outre les classiques niçois réglementaires (socca, beignets de fleur de courgette et pissaladière), de la pizza. Chez le glacier Fenocchio j’ai goûté la glace à l’avocat.
À Nice on n’a pas croisé le spectre de mon arrière-grand-père, qui est enterré là, au cimetière russe, avec sa maîtresse au lieu de sa régulière. J’espère qu’il n’erre pas. Une autre fois, j’irai le voir pour vérifier. Sa femme Raïssa, mon arrière-grand-mère, est restée derrière, en Algérie, après la guerre. Tous ces endroits sont chez moi, et le van me permet un pèlerinage. En attendant la socca, j’ai lu des pages de Folie et résistance qui parlent de l’héritage difficile de l’exil.
