
J’ai profité d’une matinée tranquille dans le van pour bouquiner en buvant du thé, et renouveler ma mani-pedi. Le vernis que j’ai posé vient de la pharmacie de Saint-Paul-de-Vence, où j’étais allée acheter du spray anti-moustiques en urgence. C’est une couleur digne des plus belles cagoles de Marseille : un rose fluo bien nommé « flagrante ». C’est un contraste parfait avec le short militaire que j’ai rapporté de ma friperie favorite à Nice. Le van tolère le futile comme l’utile.
En fait, je corrige: ce n’est pas futile, pas rien de se parer. J’ai parlé à mon père, qui perd la vue et ne marche plus. Il voit peut-être le rose, s’il est fluo, mais sinon, pas grand-chose. Il se souvient du voyage en Toscane qu’on avait fait en famille il y a 25 ans. Je m’en souviens aussi – et du jean que je portais cet été-là. Je lisais Colette dans la chambre fraîche et le temps s’étirait telle une pâte à pizza. Si un vernis réjouit mes yeux, tant mieux.
À San Gimignano, on se gare. La ville, haute et ocre, a l’air magnifique. En face, il y a une boutique. J’en profite pour demander quelques petites choses dont on a besoin. « Maman, tu m’achètes une hache? ». C’est Atlas. La maternité est une roulette russe permanente. Il obtient un arc en bois estampillé au nom de la ville, et des flèches à ventouse. On se promène sur le chemin de ronde et dans les ruelles médiévales. Deci, delà, des tours, gigantesques et glorieuses.
La Toscane est réputée pour ses beaux paysages de campagne. Les vignes, les oliveraies, les pins parasol et les cyprès s’étalent à perte de vue. Ce n’est pas mon milieu préféré, surtout l’été, mais je m’y habitue. En haut d’une colline, une petite ville fortifiée: c’est Monteriggioni, un avant-poste bâti au treizième siècle par Sienne dans la guerre contre Florence. Ces histoires de guerre et de commerce ne m’enchantent guère. À Sienne demain on verra de l’art et de la beauté, j’espère.
Et voilà, j’ai « manifest » la beauté et elle a surgi, sous la forme d’une maison médiévale près de Sienne où vivent des copains italiens. On leur rend visite pour une ou deux nuits. C’est un paradis à l’âme ancienne, respecté et rénové avec goût et intelligence, du travertin et des objets de brocante. Les pièces ont toutes 4 mètres de hauteur sous plafond, ce qui change du van où l’on vit tels des hobbits. On prend un aperitivo à rallonge face au soleil couchant, entourés par les enfants.
