
La vanlife encore une fois troquée pour la vie de château. On s’est réveillé, qui sur un matelas gonflable et qui dans un lit king size (je ne rentrerai pas dans les détails), les rais du soleil filtrant à travers les volets. Les enfants ont joué, j’ai étendu le linge d’hier et préparé du thé vert. Une théière entière! Remplie d’eau bouillante plusieurs fois, à la russe, au fur et à mesure que son contenu est bu. La dolce vita. En van, aucun temps, aucun espace pour un luxe comme celui-là.
La maison des copains italiens fait partie d’une propriété familiale qui a été divisée en un hôtel-restaurant, et de nombreux appartements. Plus loin sur le terrain, il y a une piscine. Pour y arriver, on traverse des champs d’oliviers. Les enfants d’ici nous ont guidés, faisant la course sur leurs VTT. Je persiste à ne pas aimer les piscines, mais dans ce cas précis, les cyprès, les dalles chaudes en terre cuite et la vue idyllique sur la campagne toscane œuvrent pour son charme.
En fin d’aprem, lorsqu’on en a notre claque du hamac et que les cigales nous filent la migraine, on part en ville manger une glace. La ville, c’est Sienne. Pour un gelato outing, c’est assez sensass. Dans l’enceinte fortifiée, un escalator mène au centre historique. On dirait un jeu vidéo: j’adore. Une fois dehors, on s’arrête au parc. En face, il y a une basilique. Une équipe en profite pour faire la visite. Je commence par rester sur le banc avec mon livre, pas pressée de voir une église.
Les autres reviennent et je marche jusqu’à la basilique. Je rentre. Ça me tombe dessus. C’est comme l’amour et comme la peur, comme le chagrin ou comme la joie, mais plus soudain, comme la jouissance. J’ai le souffle court, je pleure, il n’existe plus rien que cette église et moi. Je pense à Stendhal et au diaporama de Nan Goldin, à Arles, qui m’a émue aux larmes aussi. Le syndrome de Stendhal, c’est l’émerveillement de l’écrivain jusqu’au quasi-évanouissement devant l’art religieux à Florence.
Je veux décrire même si c’est vain. Les murs rayés de noir et de blanc, simples et purs, solides, hauts jusqu’au ciel, jurent avec la richesse et la finesse des vitraux. Les couleurs se mêlent, reflétées par le soleil, sur les alcôves. Je repense à ce détail, et je repleure. Quelle chance de ressentir si fort les transes du cœur – mystiques, amoureuses, esthétiques. Sur le parvis, un groupe joyeux me demande de les photographier. Ce sont des pèlerins de Dieu. Plus tard, sur le chemin du glacier, ils tentent de me recruter.
