
Bientôt trois semaines. On s’en va tout à l’heure. D’abord, on doit passer voir une église qu’Emanuela, qui nous accueille, envisage d’acheter. Quiconque me connaît sait quel avis je lui ai donné. Une église!!!! Il n’y a rien à ajouter. Hier, on a tout de même demandé quelques opinions extérieures. D’abord, dans la basilique, la réponse de mon illumination était limpide: les églises, surtout en Italie, sont un avant-poste du paradis. Ensuite, on a demandé au tarot et au Yi-King.
« I-Ching, dimmi se ho bisogno di una chiesa nella mia vità », a dit Emanuela, solennelle. Le livre lui a parlé d’une servante qui épouse un prince, et de la terre qui s’élève vers le ciel. Même formulé en diagrammes, trigrammes et hexagrammes, le message était clair. Le tarot, quant à lui, a sorti un vieil ermite qui médite, seul avec sa lanterne et son bâton, et un jeune Cupidon, qui darde sa flèche dans une direction. L’élan amoureux comme guide, et la réflexion.
Après le petit-déjeuner, il y a eu encore des petit-déjeuners. Un enfant, un adulte échevelé après l’autre. Dans la cour, le jardin, la cuisine, on fait un caffètino, on coupe des aubergines, on joue au Uno. Les enfants se disputent sur les règles. La mamma intervient, crie, reprend la partie, à la mode des années 80 cette fois-ci. Silence chez les bimbi, qui se plient. Bientôt la pizza est prête. On les nourrit et on part pour la visite de l’église. Dans le van, ma gorge se plie.
Chaque jour, décrire une église! Il y a plus pénible, comme exercice. Celle-ci est quotidienne, ordinaire comme le temps du missel, c’est ce qui la rend belle. La dévotion qu’elle a contenue est aussi présente que la poussière sur le damier noir et blanc par terre, et sur l’autel. Elle est en pierre, pas très grande, et, sous ses arches, immense. L’équipe technique – deux architectes et une restauratrice – a fait le tour de l’éventuelle propriétaire, et moi j’ai pris des photos des angelots.
L’agente immobilière, pas très patiente, s’exaspère. Elena et Emanuela ont découvert une petite peinture posée sur l’autel. On y voit un homme précipité d’une maison dont la charpente s’écroule, et sur un nuage, une madonne à l’enfant. Elena dit: « Ma no, è positivo, la madonne le sauve ». Je dis: « C’est la Maison-Dieu, dans le tarot! ». L’image est très similaire, sans la madonne. Devant l’autel, je sors les cartes, les bats. Emanuela en tire une, la première. C’est LA MAISON-DIEU.
