Vanlife J23

La vanlife, comme la real life, ressemble souvent à l’arcane de la roue de fortune. Hier, la journée a pris un tour dramatique et puis s’est transformée en rêve éveillé. Le van est resté bloqué tout en haut de la piste caillouteuse, à quelques mètres d’une route goudronnée inaccessible. On est sortis, le corps griffé par les ronces, sous le soleil de midi sans aucune ombre. Un véhicule de 2 tonnes (qui se trouve être notre maison) immobilisé en pente dans une ornière de cailloux, c’est coton.

La situation s’est arrangée lorsque Marie et Mathieu sont arrivés à la rescousse, tel Zorro mais en 4×4. Les femmes et les enfants se sont rapatriés à la maison, qui se trouve être l’antichambre du paradis. C’est une ancienne bergerie, posée au sommet d’un plateau entre la mer et les collines. Il y a 4 figuiers. On a déjeuné et une équipe s’est formée pour aller sauver le van. Une corde a été impliquée, fixée au 4×4, en vain, puis le tracteur rouge des voisins, et le van a daigné bouger, enfin.  

On a passé les 24 heures suivantes dans une bulle de joie et de beauté avec les amis nouveaux et anciens. J’ai connu Marie à l’âge qu’ont nos filles aujourd’hui, chez les Jésuites, qui ont certains mérites mais pas celui de la franche rigolade. Nos grands-mères étaient amies et jouaient au bridge ensemble. En voyant nos deux fillettes hier, complices et rigolardes sur une plage sarde, je me suis dit qu’elles gagnaient au change! On repart vers le sud de l’île, rechargés en énergie. 

On s’arrête à Bosa, la petite ville la plus proche. Les maisons sont multicolores, accrochées à flanc de colline au-dessus du fleuve – c’est très photogénique. De plus près, tout est décrépit, ce qui ajoute au charme à mon avis. Il y a quelques boutiques, dont une de souvenirs, mais on ne voit pas tellement de touristes. La ville a une âme ancienne, et de fait elle date de l’époque phénicienne. J’achète un parasol en matière synthétique, fait en Chine, qui me désole, et on s’en va fissa.

On se presse car le coucher de soleil n’attend personne. Le van serpente entre les collines et le long de la mer, jusqu’à une plaine, au milieu de l’île. C’est désertique, par rapport aux côtes de la Méditerranée qu’on a l’habitude de fréquenter. On voit des nuraghi au loin: de petites tours tronquées datant de l’ère préhistorique. C’est mystérieux et mignon. Enfin on atteint la plage d’Is Arutas, dont le sable est en quartz blanc, et l’eau plus transparente que je n’en ai jamais vu auparavant. C’est magique. 

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