
La vanlife est ce mélange étrange de vie en plein air et de claustrophobie. Ce matin, Atlas est resté endormi très tard – tant mieux pour lui si le garde-chiourme du parking qui toque aux vitres à 8h pour essayer d’obtenir des bakchich n’a eu aucun effet sur son sommeil. Je suis restée dans le van pour le garder, ce qui m’a permis de me préparer du thé, tout en tournant comme un lion en cage. La mer juste à côté, et aucune perspective autre que cet habitacle de 8m2.
En fin de matinée Atlas s’est réveillé et on est allé sur la plage, qui était magnifique, même bondée. Les enfants jouaient si bien dans l’eau translucide et turquoise qu’on est restés durant les heures les plus chaudes. On a pique-niqué sous le parasol comme les Italiens autour de nous, tous équipés de super glacières. À 16h, on s’est décidé à partir, car la route est longue jusqu’à la pointe sud de l’île. Il nous faudra ensuite la retraverser en entier pour prendre le ferry vendredi soir.
On quitte les dunes de sable, dans lesquelles se niche une ancienne cité minière. C’est fantomatique et plein de mystère. À l’arrière, les enfants s’endorment vite. Je cherche une émission de radio à écouter. Naufragés, sur France Inter? C’est parfait. On commence par l’épisode sur le Donner Party, une expédition de pionniers durant la conquête de l’Ouest, vouée à sa perte. « Êtes-vous prêts à embarquer en famille dans un chariot vers l’inconnu? ».
Le chariot, non, le van s’engage sur une piste étroite dans les montagnes du sud. On ne va pas vers l’inconnu, car on a Google Maps pour guide, mais on traverse un territoire très aride. Les provisions faites au supermarché hier permettraient de tenir quelques jours. Les batteries des téléphones, moins longtemps – et le chargeur de l’allume-cigare fonctionne, mais très lentement. Le fantasme de la déconnexion totale est fort, mais je me demande combien de temps je survivrais (sans permis!) dans un milieu plus hostile.
En fin d’après-midi, on s’arrête pour renflouer l’essence du van, et manger une glace. Le village est sinistre, ce qui lui donne un certain charme, mais on se demande de quoi vivent ses habitants. Je visite le magasin de matériel aquatique: il y a des cannes à pêche et des appâts, des masques de plongée et des bouées. Tout semble figé dans les années 90. Je prends un masque, qui paraît quand même plus moderne que mon précédent modèle, acheté il y a environ 30 ans.
Après une errance relativement longue sur la côte, autour de la presqu’île de Porto Pino qui est en fait très courue, on rebrousse chemin jusqu’à Porto Su Trigu. C’est une petite crique au-dessus de laquelle on se gare sans problème. On descend se baigner au soleil couchant, et là se trouve un petit garçon de 4 ans avec ses parents. Ils écoutent de la musique très fort sur une enceinte. Les enfants dansent dans l’eau bleu ciel. Ils s’en vont à la nuit tombée et on dîne dans le van.
