Vanlife J26

On est où, là? m’a demandé Céleste en se réveillant. Hier, la même question m’a été posée par un avatar de DuoLingo, l’application que j’utilise pour apprendre le russe de nouveau. Gde ya? Où suis-je? C’est un questionnement pertinent après tous ces mouvements. On a déjà dormi dans 20 endroits différents, et le voyage n’est pas fini. J’ai réussi à réserver nos billets de ferry pour vendredi, quelques jours en avance pour une fois. J’ai hâte et pas hâte de retrouver le pays, la maison. 

On n’a quasiment pas rencontré de Francais, sauf cet après-midi, sur la plage de Cala Cipolla où on s’est arrêtés. Alors que j’explorais les rochers avec les enfants, un homme avec masque et tuba a dit « Je vois des sirènes » en partant d’un grand rire. Les enfants ont ri, surpris. À l’endroit où on avait laissé les affaires, il s’avère que les voisins parlent français aussi. Assez vite, ils m’exaspèrent. Ou peut-être que c’est juste la fin prochaine du dépaysement qui m’attriste. 

J’ai deux choses préférées l’été: nager sous l’eau et me gaver de figues à même les branches de l’arbre. Ici, j’ai coché les deux cases. Alors que s’annonce la fin de la plage, j’ai nagé avec un masque. La plongée sous-marine sera peut-être la prochaine étape. D’ici là, je suis heureuse. Les figues, en revanche, n’ont pas été assez nombreuses. En quittant la plage ce soir, on passe devant une rangée de grands figuiers – superbes et inaccessibles, de l’autre côté d’un fossé. 

Juste après les figuiers, un petit panneau annonce une boutique de frutta & verdura locale, avec écrit, en grand et en lettres majuscules, FICHI. On pile. Là, deux femmes vendent leurs figues, avec une abondance d’autres fruits et légumes magnifiques. Ça change des supermarchés où on a pris l’habitude de s’approvisionner. Je mange la moitié d’une barquette en attendant le reste de l’équipe, parti chercher du liquide. La vieille femme rit de ma gourmandise.

Demain, on ira à Cagliari, la capitale de l’île. Je suis contente: j’adore les villes. La vie sauvage, toutefois, me manquera. C’est précieux, chaque année, de vivre avec peu, de se souvenir que la nature est abondante et le monde, vaste. On l’oublie si vite, et chaque année j’espère ne pas l’oublier à peine rentrée. Je rapporte des cailloux, des coquillages qui prennent la poussière sur mes étagères. Je prends des photos, j’écris, mais ça ne dit pas la sensation de mon corps fourbu de soleil, de sable, de mer et d’air.  

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