
C’est Ferragosto aujourd’hui, le 15 août. La fête ici est encore plus importante qu’en France: elle a été promue dès l’empereur romain Auguste, puis par les fascistes, comme un jour de liesse populaire et de repos. Les familles, les amis se retrouvent pour un déjeuner, un dîner sur la plage, à la campagne, partent en week-end si le jour férié est vendredi. Je viens de souhaiter un Buon Ferragosto à la directrice de la station-service, qui m’a retourné le compliment, l’air ravi.
Buon Ferragosto? Je suis en train de le passer dans le van, sur une autoroute à deux doigts de la fusion. Il fait chaud, le van s’en est bien aperçu, et il dégage depuis quelque temps une odeur d’œuf pourri étrange. C’est par intermittence, et on a pu croire un temps que c’était la nature environnante. J’espère qu’on ne paiera pas cher cette négligence. Tout est fermé. Il ne reste qu’à rouler – pas trop vite, et dans un léger état de stress – jusqu’à Porto Torres, pour le ferry ce soir.
Hier, aucun flamant rose ne nous attendait sur la route qui serpentait dans les marais. Avant de s’enfoncer dans ces méandres marécageux, on a fait halte dans un village sur la baie pour se ravitailler un peu. On y a trouvé des pizzas à emporter, et des glaces (en entrée – tant pis pour l’étiquette!) sans sucre et sans lait. C’était délicieux. L’Italie décidément ne déçoit jamais. À Cagliari, j’ai acheté des aubergines confites, qui ont sauvé le déjeuner à la station-service.
Avant de m’endormir hier, inspirée par Letizia Battaglia qui a passé du temps dans celui de Palerme, j’ai commencé un reportage d’Albert Londres dans les asiles psychiatriques du début du 20ème siècle. C’est touchant et glaçant à la fois. Les stations-service, aussi, sont un sujet d’étude inépuisable. Il y a tout un corpus cinématographique, des films d’horreur avec auto-stoppeur aux road movies à la Thelma et Louise. Dans la station eni fermée et déserte, tout ça me traverse.
Ouf! Le van est arrivé à bon port, celui de Porto Torres, au nord-ouest. Le bruit des clignotants et les essuie-glaces avant nous ont accompagné tout le trajet. Un bon look par 40 degrés – mais un moindre problème que le court-circuit généralisé. Une fois le van garé au terminal de ferry, on s’est promené dans la ville, croulante et colorée. Dans l’église della Beata Vergine della Consolata on a allumé un cierge sous une statue de Marie. Une dernière baignade, et arriverderci, l’Italie!
