Je suis allée saluer le soleil et réciter des mantras à 7h du matin et depuis le monde
m’appartient: j’ai répondu à mon courrier en retard, décroché un boulot au café
qui sert les meilleurs pumpkin seed pretzels du quartier (et peut-être quatre autres requérant un niveau intellectuel plus élevé), refait le monde avec deux
amies, un frère et une filleule, écrit mes mémoires en regardant les machines
tourner au lavomatic, et persuadé la copine de mon coloc d’organiser une
résidence artistique dans la ferme de ses parents (proposition complètement
intéressée évidemment). Hier mon téléphone a été inondé par la pluie malgré mes précautions et j’ai eu beau souffler dedans ça n’a pas eu beaucoup de résultats autre qu’un mélodieux son d’harmonica. Tant mieux: c’est une digital detox bienvenue qui me permettra de ne pas instagrammer la pumpkin pie que j’ai prévu de préparer pour le dîner.
Ce matin en faisant le chien la tête en bas je réfléchissais aux
vertus du yoga – est-ce que Camille Claudel aurait fini comme ça si elle avait
commencé chaque journée par une série d’asanas? Après plusieurs mois d’égarement sans mon gourou Swami Vishnudevananda j’ai enfin rejoint les rangs des yogis de NYC. Si le premier cours m’a appris que les arbres nous parlaient (je me moque mais sur le moment j’ai opiné du bonnet), le deuxième m’a réconciliée
avec la pratique à tout jamais. Alors que nous faisions appel à toute notre concentration pour croiser les
mains sous notre entrejambe le prof nous a fait remarquer très opportunément, « Please
take a moment to focus on the sheer absurdity of the posture you’re in ». Ce matin j’y ai repensé, accroupie sur la pointe des pieds sur mon bloc telle
une grenouille prête à sauter, et j’ai bien rigolé.
