Quand les attaques ont commencé j’étais au 44ème étage d’une tour du World Financial Center, en train d’assister à une performance onirique de deux artistes danois. On ne captait pas, et quand on est ressortis de l’ascenseur tout en bas, sur un de ces terre-pleins tout droit sortis d’une planche d’Enki Bilal, un autre Français s’est approché de moi: “ce n’est pas pour t’alarmer, mais…”
On est retournés au QG de Performa, on a ouvert le Mâcon-Villages qui était dans le frigo et depuis je suis accroupie par terre devant mon ordinateur, à essayer de me concentrer pour expliquer aux abonnés de la newsletter pourquoi il faut absolument que demain ils aillent voir des amateurs danser like there’s no tomorrow au Martha Graham Studio Theater.
Le spectacle s’appelle Ballet (New York) et je l’ai vu la semaine dernière: c’est un groupe d’enfants et de grand dadais, d’handicapés moteurs et de danseurs étoiles, qui font des pointes et des jetés, des moonwalks maladroits et des pirouettes ratées, et qui valsent ensemble comme s’ils se connaissaient depuis toujours. A l’époque ça m’avait donné beaucoup de foi en l’humanité donc je crois que demain je vais y retourner.
