Youhou c’est l’été, ça y est, le fat old sun est de retour à New York après un congé sabbatique pendant lequel toute la ville a eu droit à des giboulées carabinées. Depuis mon arrivée il y a une semaine je me suis félicitée chaque jour d’avoir emporté mon ciré, et comme j’ai refusé de ranger mes orteils pour autant (c’est une variante méconnue de la méthode Coué) j’ai eu souvent les pieds trempés. Vous pouvez toujours vous moquer mais je crois qu’avec ma capuche jaune sur le crâne et mes Birkenstock aux pieds, dans le fond c’est moi qui avais raison. Ce n’est pas une ville de demi-saison, New York: c’est une ville flamboyante et glaciaire, où on ne sort la tête d’un lac de lave que pour se cogner à des stalactites gelés. Il est hors de question ici d’envisager une transition.
Aujourd’hui, alors qu’en me levant à l’aube j’ai vu par la fenêtre un ciel intégralement gris, quand je suis sortie du boulot en début d’après-midi j’ai retrouvé pour la première fois depuis longtemps la sensation délicieuse des rayons chauds sur ma peau. Le soleil brillait dans un ciel entièrement bleu, et le temps de parcourir sans lunettes ni casquette les deux blocks du trajet j’étais à deux doigts de la cécité. En arrivant sur mon palier je n’ai même pas envisagé de faire autre chose que de grimper illico l’échelle en face de la porte d’entrée. Il paraît qu’on n’a pas accès au toit mais je n’étais pas là quand cette information a été divulguée et je ne me considère donc pas comme concernée.
Allongée à plat ventre sur une planche de bois qui traînait là, Pink Floyd dans les oreilles, j’ai commencé l’après-midi par un bain de soleil. Le premier d’une longue série, me suis-je dit en souriant avec ravissement. Bientôt plus un week-end ne passera sans rooftop party ou concert en plein air; dès demain au café les clients s’abreuveront de cold-brew coffee et remplaceront le porridge par des salades de fruits; les pédicures parfaites des New-Yorkaises vont réapparaître et chaque samedi tous les wannabe surfers de Brooklyn seront dans le métro pour les plages de Rockaway. L’heure des dimanches passés à danser en plein air à Tiki Disco sonnera bientôt, et même si pour l’heure je suis accroupie en jogging sur une chaise devant mon bureau, j’ai un short à imprimé palmiers qui me fait les yeux doux et une nouvelle bougie parfumée Honolulu.
