Il est 20h30 ici mais c’est pas grave, c’est ce que m’a dit de son chantant Southern accent la customer service representative de Staples Copy & Print juste avant de raccrocher. J’ai répondu Thank you so much comme si elle venait de me demander si par hasard je ne voudrais pas recevoir un massage tantrique gratuit dans un spa à Hawaii avec ça? “Ça” étant la bagatelle de deux exemplaires couleur non brochés d’un portfolio de 459 pages plein d’informations confidentielles et que je croyais perdu dans la jungle new-yorkaise jusqu’au moment béni où cet ange tombé du ciel m’a rassurée de sa douce voix, un petit massage, même au hammam du boulevard de la Chapelle, n’aurait pas été superflu.
Mon locataire parisien arrive demain et s’il ne me restait pas autant d’autres items urgents à rayer de ma to-do list je me serais volontiers lancée dans un panégyrique du customer service de Staples et de l’Amérique. Ca fait un mois que je tente vainement de me faire livrer des choses et que partout où je vais je trouve porte close. Après la tornade de la ville qui ne dort jamais je suis la première à apprécier la culture européenne du farniente, sans pour autant hélas être prête à abandonner la culture américaine du client roi. Ici, à force de poser des questions ineptes du genre “Êtes-vous ouverts demain?” un samedi 13 août, je manque à tout moment de me faire guillotiner par des customer service representatives mal lunés!
J’allais conclure comme ça en bougonnant, rayer l’item “retrouver portfolio égaré” et m’attaquer aux suivants (“valise”, “ménage”, “Airbnb NY”), et puis mon ventre s’est mis à gargouiller. Le temps d’atteindre le frigo j’avais déjà rajouté puis rayé mentalement de ma liste un item malencontreusement oublié: “vider frigo”. “Récurer frigo”, ai-je pensé en sentant l’odeur de pourri qui émanait de la caisse de mangues pakistainaises achetée 6€ rue du Faubourg Saint-Denis samedi. Tant pis – j’avais si faim que j’ai arraché la peau à la main et croqué dedans à pleine dents. Perfection jaune, charnue et dégoulinante de jus, extase gustative garantie. Ok France, tout est pardonné. Tant qu’on mangera aussi bien dans ce pays, customer service à la noix ou pas, je ne risque pas de renoncer à ma nationalité.

