Ohlala toi, tu ferais bien d’aller nager. C’est le message que mon cerveau cotonneux a trouvé le moyen de m’envoyer ce matin alors que mes yeux peinaient à trouver les trous prévus pour eux dans mon crâne alourdi. Nager? Ok! Ni une, ni deux: tel Bombie le Zombie je me suis levée, j’ai miraculeusement mis la main sur mon cahier, et puis je me suis recouchée pour commencer une liste exhaustive de toutes les infrastructures sportives de mon quartier.
Vingt minutes plus tard, il a fallu que je me rende compte que la piscine la plus proche allait bientôt fermer pour que l’outre pleine de vin qui me sert de corps aujourd’hui daigne s’habiller. Un maillot dépareillé acheté 7 dollars chez une matrone russe de Little Odessa, des vêtements aussi pyjamesques que possible, mes baskets, une serviette et hop là. Pas de lentilles ou de lunettes – tant qu’il fait nuit je reste dans mon état naturel de taupe dans son terrier.
Arrivée à la piscine, le nez collé à la vitre et les yeux plissés, j’ai regardé les tarifs en espérant secrètement qu’ils seraient prohibitifs. Ah, j’aurais bien nagé mais ce n’est pas sérieux, aurais-je pu expliquer à mon cerveau toujours aussi ouaté. Ah oui, en fait c’est presque gratuit. Bon. Question de la dernière chance adressée au guichetier: “Vous fermez bientôt, non?” “Oui, dans 15 minutes”. “Ah oui, déjà que j’avais pas trop envie…” “Allez-y”, m’a-t-il rétorqué en ouvrant le portillon.
Sur le pont qui surplombe les rails de la gare du Nord, le ciel rose à ma gauche, le corps parfumé à l’eau de Javel et Suprême NTM dans les oreilles, je regardais mes Air Max avancer malgré moi et je me disais: just do it. C’est pourtant pas si compliqué.
