Le port.
Le port de New York.
1834.
C’est là que débarquent tous les naufragés du vieux monde. Les naufragés, les malheureux, les mécontents, les hommes libres, les insoumis. Ceux qui ont eu des revers de fortune; ceux qui ont tout risqué sur une seule carte, ceux qu’une passion romantique a bouleversés. (…)
Les émigrants débarquent jour et nuit, et dans chaque bateau, dans chaque cargaison humaine, il y a au moins un représentant de la forte race des aventuriers. (…)
Johann August Suter débarque le 7 juillet, un mardi. Il a fait un voeu. A quai, il saute sur le sol, bouscule les soldats de la milice, embrasse d’un seul coup d’oeil l’immense horizon maritime, débouche et vide d’un trait une bouteille de vin du Rhin, lance la bouteille vide parmi l’équipage nègre d’un bermudien. Puis il éclate de rire et entre en courant dans la grande ville inconnue, comme quelqu’un de pressé et que l’on attend.
Blaise Cendrars, L’or, chapitre 2
