
Hier on est partis de Sienne en fin d’après-midi, direction une rivière proche. Pour le van, j’ai créé une playlist italienne qui s’appelle Dolce Vita et va de Raffaella Carra à Tosca (le prénom de la fille des copains!). Soudain, on s’aperçoit d’un oubli: le dieu du disco, Giovanni Giorgio. Je tape Moroder dans le moteur de recherche. Des dizaines de titres sortent. On commence par Chase, une musique de course-poursuite: le rêve sur la route. Ensuite, Giorgio by Moroder. La voix du vieux Giorgio s’élève, puis le rythme.
Dans le rétroviseur, il s’avère que les deux enfants, bercés par les beats de Giovanni Giorgio, ont lâché l’affaire. Lui, il pourrait être leur grand-père, mais il reste le roi. On se concerte: on fait quoi? Les petits dorment: ils n’iront pas à la rivière. Je suggère: « On prend l’autoroute en écoutant Moroder et on file vers la mer? ». Grazie, Giorgio, andiamo! Un arrêt dans une bourgade de Far West pour se ravitailler en salumi et pastèque, et tout droit jusqu’au paradis sur terre.
Le ciel et la mer étaient rose et bleu pastel quand on est arrivés à la plage. Des couleurs irréelles. C’était le parc régional de la Maremma, un espace naturel protégé dans lequel on entre en franchissant des barrières contrôlées. On a envisagé de resquiller lorsque les carabinieri sont venus nous chasser à 21h. Finalement, on s’est repliés sur une anse proche où s’est aménagé un camping sauvage. On a passé la nuit entre deux camping-cars, face à la plage.
Aujourd’hui, on atteint le but officiel du voyage: le Jardin des Tarots de Niki de Saint Phalle. Le désir de ce parc de sculptures monumentales lui est venu grâce au Parc Güell de Gaudí à Barcelone. Le résultat est spectaculaire, fantastique, merveilleux. Les 22 arcanes majeurs du tarot sont représentés, plus quelques sculptures supplémentaires. Hypnotisée devant la Mort, j’ai sorti le tarot de Marseille de mon sac. J’ai battu le jeu, tiré une carte. C’était la Mort.
La Mort est une métaphore, bien sûr. Elle parle d’un grand changement. J’en accepte l’augure. Dans Le Guépard, le livre de Lampedusa et le film de Visconti, Tancredi dit que tout doit changer pour que rien ne change. Ce qui ne changera pas, j’espère, c’est le coucher de soleil qu’on a regardé ce soir sur une des deux langues de terre qui relient la presqu’île de Monte Argentario au continent. Je n’aime pas les presque et je préfère les îles, mais celle-ci est belle, en attendant.
