
Le soleil s’est levé sur la mer, rose puis orange. C’est la voix du haut-parleur qui m’a réveillée, après 4 heures de sommeil ininterrompu. Ce n’est pas pour faire le téléachat, mais je dois préciser que pour une fois, j’ai pensé à porter mon masque en soie. Tête de princesse au rabais qui dort sur une banquette, mais joie! Un œil ouvert, puis deux. Par une ouverture entre les rideaux, j’ai vu l’aube poindre. J’ai laissé ma Céleste endormie sur le canapé pour aller sur le pont voir le ciel.
La Sardaigne est belle, et surtout inconnue de nous. On a choisi de venir ici parce que ce serait l’aventure, et que l’autre option de retour par la mer, la Corse, était impossible. Le bateau vers Bastia ne circule pas en ce moment. Plutôt que de rentrer en France par la terre, ce sont la curiosité et la mer qui ont gagné. Une fois arrivés, on se demande ce qu’on va faire. Ainsi va la vanlife, en tout cas à notre manière. Une vague idée de l’itinéraire, et le nez au vent.
On a pris la route qui traverse l’île pour aller voir des copains. En chemin, parce qu’on est fatigués et que ça a l’air beau, on s’arrête à un lac. Il y a une area camper expérimentale mais sympathique (un terrain rectangulaire en terre entouré de chaînes), et un café. Je bois de l’eau citronnée tandis que le reste de l’équipe fait la sieste. Les enceintes du café jouent l’intégrale de Manu Chao et je contemple ce lac de fin ou de début du monde. C’est bizarre, mais beau.
Une petite baignade dans le lac et on est repartis. Pink Floyd sur l’autoradio, c’est mieux que Manu Chao avec ce paysage désert, sec et chaud. Tout est parfait, on plane sur les autoroutes lisses comme dans Mario Kart et les pistes plus ou moins goudronnées, entre mer et collines. Le côté ouest de l’île est encore sauvage. Je demande à Marie son adresse, elle me répond: « on n’en a pas » et m’envoie sa géolocalisation. Je trouve la maison sur la carte satellite et lui écris « on arrive ».
J’écris à Marie « on a melon et mozza », et je reçois un coup de fil de Paris que j’attendais. Tout d’un coup, de gros cahots secouent le van et des branches entrent par ma fenêtre ouverte. Je lève la tête. La tension monte. Je raccroche. On est sur une piste étroite, raide et caillouteuse. Pas de demi-tour possible: on continue à monter. J’appelle Marie qui dit qu’on fait fausse route. La piste est de plus en plus verticale, les roues patinent, le moteur fume. Frein à main, on s’arrête.
